Sourire pervers. Il jouait, décuplant son désir et sa faim en une vaste bulle invisible sur laquelle la réalité et la raison n’avait aucune prise. Il jouait, et son attitude n’était pas sans rappeler les bagarres ancestrales avec son frère, lorsque les deux jeunes gens se disputaient non sans véhémence une part de viande. Il jouait, cernant avec délice les états d’âmes oscillants de la conscience de sa proie.
Celle ci semblait après avoir voulu à son tour dans un accès de désespoir tenter de cerner l’être de la nuit, tenter de s’éveiller de ce cauchemar. En vain elle instaura un semblant de périmètre de sécurité autour de son ventre bombé. En vain puisque le jeune homme qui n’était que frissons d’impatience inhiba toute tentative d’éloignement en se glissant à nouveau contre cette peau suave…Au parfum rehaussé par les perles de sueur désormais nombreuses.
On ne tente de définir que ce qui nous échappe.
Chuchotement qui empruntant au ton romantique ne faisait qu’adouber la situation qui si elle n’était pas aussi désespérée aurait pu être qualifiée de grotesque. Le silence seul étendait son règne semblant se déverser de l’ombre du vampire. Un ectoplasme régit par des pulsions électriques que l’imagination distinguait sans mal, établissant une similitude parfaite avec ces monstres des grandes profondeurs, bien mal connus sinon au travers des récits noirs des fonds de bibliothèque. L’origine et la finalité de toute chose, terrifiant par sa vérité et sa franchise. Car nul secret ne coexiste dans le silence pur. Et nombreux étaient ceux qui par de vains discours inconsistant tentait de le taire, craignant de se retrouver submergé et noyé par cette immensité révélatrice de toutes infériorités. Seul subsiste alors l’essentiel. Une course insensé pour taire cet empire par quelques paroles. Mais tout ce qui le met en sourdine ne le rend que plus criard. Tenter de bâillonner le silence ? Peine perdue. Plus on le conjure, plus il est présent, écrasant l’inconscient sous son poids. La parole l’érotise et finalement ne le rend que plus désirable.
Entamant une valse diabolique, il s’empara du corps qu’il voyait déjà inerte, posant avec une délicatesse feinte une main dans le bas du dos de la sorcière. La deuxième soulignant les deux marque de canines. Ca sentait le Sade et l’alcool à plein nez. La femelle avait du tenter de nettoyer le tout, espérant par là même faire disparaître ce mauvais souvenir. Sourire mesquin. Sade…Il ne finissait même plus ses repas ? Qu’a cela ne tienne… Forçant toute résistance, Ezechiel plongea sa tignasse depuis longtemps résignée à son état chaotique au creux de l’épaule de la jeune femme, tout en la maintenant fermement afin de prévenir une quelconque réaction.
L’espace absorbait le temps et le matérialisait en étendues sublimes. Il faut dire que les pupilles de notre ami bénéficiait d’un formidable point de vue. La vastitude transfigure l’être humain en fragment, en tout petit morceaux installé dans un temps limité mais évoluant dans l’éternité d’une perspective à perte de vue. Tétanisé par la beauté partout présente, réduit à cette pointe acérée de conscience par laquelle advient le réel sublime, Zec s’expérimentait sur le mode de la perception pure ; l’œil ouvert aux dynamique des changements de couleurs, l’oreille aux aguets traquant le bruit mat d’un battement de cil, les narines dilatées pour tenter vainement de saisir les odeurs du crépuscule mêlée à la flagrance des palpitements du vivant, la peau du visage offerte aux vents, l’être tout entier dilué dans le spectacle, l’attention subsistant pour conserver en lui la part active de sa conscience prête à sombrer dans la majesté des choses vues. Le vaste coïncide avec la démesure, l’immense. Il effraie, soumet l’homme aux angoisses de sa condition de particule impuissante, d’infini petit. Suivant le torrent de ses pensées, le jeune homme offrait dans l’absence de luminosité, une parfait image dantesque. Comme à chaque fois qu’il embarquait sur le radeau intime de son âme qui restait dans sa majorité inaccessible même à lui, il fit peu à peu abstraction de l’espace et du temps. Animal il n’était plus que sensations et impressions. Son regard demeurant d’un noir néant.
Il en arriva à s’enivrer des émanations olfactives du fœtus, perceptibles par lui seul. Se demandant par là même occasion ce qui avait poussé cette femelle à obtenir un steak miniature. Sûrement représentait il une nouvelle responsabilité, pour se convaincre qu’elle avait prise sur sa vie. Car après était on capable de prendre soin d’un nourrisson lorsque sa propre vie est totalement désorganisée et nous échappe. Ou peut être encore était ce la volonté de caresser l’illusion d’un accomplissement personnel. Qu’elle puisse se rassurer inconsciemment d’avoir réussi quelque chose. Encore que pour acquérir cette certitude fallait il attendre de voir la tronche du gosse. Ou était ce encore au nom d’un égoïsme à combler dont le jeune vampire était convaincu de la présence dans les fibres de cette sorcière. Rendre sa vie plus joyeuse, perdurer au delà d’une mort qui devait lui être tellement familière qu’elle ne doutait plus d’être un jour touchée par elle. Il faut dire que la volonté d’enfanter un de ces mioches était rarement désintéressée. Un instinct de survie propre à cette espèce finalement. Refusant d’accepter l’irrémédiable, à savoir que le monde tournerait tout aussi bien sans elle.
Cette réflexion amena une fois n’est pas coutume, un rire guttural chez cet être dénudé de tout respect ou de toute condescendance. Véritablement lamentable, voilà ce qu’il en pensait de cette décision mûrement réfléchie ! Sans préavis ses canines au bord de l’apoxie à force d’attendre, plongèrent vers ce cou, promesse d’ivresse. Les substances illicites qui étaient déjà en Zec se mélangèrent en une explosante alchimie tandis que les premières gouttes gagnaient le fond de sa gorge. Les deux dents de l’animal étaient fichées à l’exact emplacement que celles du frère qui l’avait précédé.
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